C’était un vendredi soir chez Manu, autour d’un plateau de poisson cru et quelques Hinano bien fraîches. On était quatre ou cinq à refaire le monde quand Julie s’est tournée vers moi avec cette question que j’attendais depuis qu’elle avait posé ses valises à Tahiti il y a deux mois.
« Alors, c’est vrai ce qu’on dit sur les épaves dans le lagon de Faa’a ? Paraît qu’il y a même un vieux Catalina qui dort au fond ? »
Manu a éclaté de rire. « Les 3 Épaves ! » Ouais, c’est carrément un incontournable. Tu plonges ou pas encore ?
Julie a fait la moue. « J’ai mon niveau 1 depuis l’année dernière, mais je n’ai jamais plongé sur des épaves. »
« Eh bien justement, je me disais. » Manu s’est calé dans son fauteuil. « Faut absolument que je vous raconte ma dernière plongée là-bas. Parce que franchement, même après des années ici, ce site me surprend toujours. »
Et c’est parti. Manu nous a raconté son expérience, et je me suis dit que ça méritait d’être partagé avec vous tous.
Une matinée sous le signe de l’exploration
Ce matin-là, rendez-vous était donné à 8h30 du côté de la Marina Taina. J’avais réservé ma plongée avec le centre Dive and Sea Tahiti, et dès l’arrivée, l’ambiance était détendue. Le staff m’a accueilli avec un sourire, un café, et ce briefing chaleureux qui met direct en confiance.
« Aujourd’hui, direction Les 3 Épaves, dans le lagon de Faa’a. Tu vas adorer. C’est calme, c’est beau, et tu vas en prendre plein les yeux », m’a expliqué Laurent, le moniteur du jour.
Dix minutes de bateau plus tard, on mouillait déjà au-dessus du site. Le lagon était d’un bleu cristallin, le genre de couleur qui te fait réaliser pourquoi tu vis à Tahiti. Face à nous, l’aéroport international de Tahiti-Faa’a, et sous nos palmes, trois trésors engloutis qui attendaient notre visite.
Descente vers l’hydravion Catalina
Après avoir effectué les derniers checks du matériel, on s’est mis à l’eau. La visibilité était exceptionnelle, facilement 25 mètres. En descendant doucement le long du mouillage, j’ai aperçu la première silhouette fantomatique : l’hydravion Catalina.
Posé sur un fond sableux à une douzaine de mètres, ce vieux bombardier américain de la Seconde Guerre mondiale avait quelque chose de fascinant. Ses ailes déployées servaient désormais de refuge à des dizaines de poissons-clowns qui virevoltaient entre les anémones.
J’ai pris le temps de faire le tour complet de l’appareil, observant chaque détail :
- le cockpit où la lumière filtrait à travers les hublots ;
- les moteurs recouverts d’algues et de coraux mous.
Laurent m’a fait signe. On a continué notre exploration en palmant tranquillement vers la deuxième épave.
Le petit Cessna et son ballet de vie
À quelques coups de palmes de là, un petit avion de plaisance reposait sur le sable. Plus compact que le Catalina, ce Cessna était devenu un véritable aquarium naturel.
Les couleurs explosaient littéralement sous ma lampe :
- des nudibranches oranges et violets sur les ailes ;
- des balistes curieux venus inspecter mon détendeur ;
- un poisson-pierre parfaitement camouflé près du train d’atterrissage.
Ce qui m’a marqué, c’est le contraste entre la structure métallique froide de l’avion et cette vie foisonnante qui l’a colonisé. Des perroquets grignotaient les coraux, des perches jaunes rayées de bleu se faufilaient dans les recoins. J’aurais pu rester là des heures à observer ce microcosme.
Mais Laurent m’a rappelé qu’on avait encore une dernière épave à visiter, et pas n’importe laquelle.
La goélette Orohena : le clou du spectacle
On a descendu progressivement jusqu’à environ 27 mètres, où reposait majestueusement la goélette Orohena. Ce bateau de 60 mètres était impressionnant. Entièrement recouvert de coraux et d’éponges multicolores, il ressemblait à une cathédrale sous-marine.
Je me suis faufilé prudemment à l’intérieur de la coque. L’ambiance y était mystérieuse, avec ces rayons de lumière qui perçaient à travers les ouvertures. Dans les coursives, des murènes pointaient leur tête avec curiosité, sans agressivité.
J’ai aperçu un requin à pointe blanche du lagon qui patrouillait tranquillement autour de l’épave, totalement indifférent à ma présence.
En remontant le long de la structure, j’ai croisé un platax solitaire qui m’a escorté quelques instants. Et là, surprise totale : une tortue marine passait au-dessus de l’épave, planant avec cette grâce inimitable. Laurent m’a regardé avec ce sourire complice qui voulait dire « Je t’avais dit que tu allais adorer ».
Remontée et décompression en beauté
La remontée s’est faite en douceur, avec un palier de sécurité à 5 mètres. Même là, le spectacle continuait : des bancs de poissons-voile nous entouraient, la lumière du soleil jouait avec les particules en suspension. C’était paisible, méditatif.
De retour sur le bateau, j’étais encore sous le charme. Laurent m’a raconté que le site était aussi superbe en plongée de nuit, avec une faune complètement différente.
Il m’a aussi parlé des autres spots incroyables autour de Tahiti :
- La Zélée, une autre épave mythique ;
- l’Aquarium pour ceux qui aiment les rencontres avec les requins ;
- pour les plongeurs plus expérimentés : La Faille Saint-Étienne et Le Tombant Saint-Étienne, des sites plus techniques mais tout aussi spectaculaires.
Informations pratiques
Niveau requis : Les 3 Épaves est accessible à tous les niveaux de plongeurs. Les débutants et ceux qui passent leur baptême peuvent explorer les épaves les plus superficielles (Catalina et Cessna entre 10 et 15 mètres), tandis que les plongeurs certifiés peuvent descendre jusqu’à la goélette Orohena à 27-33 mètres.
Tarif approximatif : Comptez environ 7 500 à 9 000 XPF pour une plongée exploration (environ 60-75 euros), selon le centre et la formule choisie. Les baptêmes de plongée sont généralement proposés autour de 10 000 XPF (environ 85 euros).
Durée : La plongée dure environ 40 à 50 minutes, selon votre consommation d’air et votre niveau. Prévoyez 3 heures au total avec le trajet en bateau, le briefing et le débriefing.
Meilleure période : Le site est plongeable toute l’année grâce à la protection du lagon. La visibilité est généralement excellente, entre 20 et 30 mètres. Pour ceux qui rêvent de croiser des baleines à bosse ou des dauphins, privilégiez la saison de juillet à novembre.
Équipement : Tout le matériel est fourni par les centres de plongée. Si vous avez votre propre équipement, vous pouvez bien sûr l’utiliser.
Accès : Le site se trouve dans le lagon de Faa’a, face à l’aéroport international de Tahiti. La plupart des centres de plongée partent de la Marina Taina à Punaauia, à environ 15 minutes de Papeete. Le trajet en bateau jusqu’au site prend 10 à 15 minutes.
Localisation Google Maps
Centres de plongée recommandés : Dive and Sea Tahiti propose des sorties quotidiennes sur ce site, avec des moniteurs expérimentés et un encadrement de qualité adapté à tous les niveaux.
Conseils supplémentaires :
- N’oubliez pas votre appareil photo sous-marin, les opportunités de photos sont nombreuses.
- Respectez la faune et la flore : ne touchez pas les coraux ni les animaux.
- Attention aux poissons-pierre et ptérois, ils sont venimeux. Gardez vos distances et regardez où vous mettez les mains.
- Si vous débutez en plongée, c’est vraiment un site idéal pour prendre confiance.
Pour les plongeurs qui veulent explorer d’autres sites après Les 3 Épaves, je vous recommande aussi Le Plateau aux Tortues ou Les 3 Pitons. Et si vous cherchez quelque chose de différent, Lemon Canyon et La Vallée Blanche offrent des paysages sous-marins complètement différents.
Cette expérience doit figurer sur votre to-do list
Voilà, maintenant vous savez tout. Les 3 Épaves, c’est bien plus qu’une simple plongée sur des carcasses métalliques. C’est une immersion dans l’histoire, un spectacle vivant où la nature a repris ses droits sur les machines de l’homme. C’est accessible, proche de Papeete, et franchement, c’est l’une des plus belles plongées que vous puissiez faire dans le lagon de Tahiti.
Que vous soyez touriste de passage, local qui n’a jamais osé sauter le pas, ou nouvel arrivant qui découvre l’île, cette plongée mérite vraiment d’être sur votre liste. Peu d’endroits au monde offrent une telle concentration d’épaves dans un lagon aussi beau et aussi protégé.
Alors, prêt à enfiler votre combinaison et à rejoindre les poissons-clowns du Catalina ? À vous de vivre cette expérience maintenant.
Et si vous avez déjà plongé sur Les 3 Épaves, n’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire. Quelle épave vous a le plus marqué ? Avez-vous eu la chance de croiser une tortue ou un requin ? Vos récits aideront les futurs plongeurs à se lancer.
Mauruuru et bonnes bulles !



